samedi 18 janvier 2014

Hélène Grimaud



En vérité, en consacrant ma vie à la musique, je me suis porté secours à moi-même, je me suis rendue à mon propre cœur. Sans cette incarnation, la musique n’a aucun sens : ce n’est pas le musicien qui compte, ni d’ailleurs le compositeur. C’est cette disposition à l’entendre avec tous ses sens, et à la faire entendre avec sa chair. C’est dans cet échange, et dans cet échange seulement, que la musique existe. Sinon, elle n’est que brouhaha, une masse de sons de plus, certes plus harmonieuse, mais anecdotique. La musique est cet échange ; le musicien, celui qui l’initie. Et cet échange ne peut être fructueux que s’il nous accorde au monde.
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Il s’agit, en fait, d’être capable de cette extrême attention qui conduit à l’occupation physique et totale du territoire de l’instant. Cela peut sembler obscur, et pourtant, une fois qu’on a saisi cette idée en la vivant au moins une fois dans sa vie, elle devient lumineuse. Vivre l’instant et dans l’instant, ce n’est pas se laisser aller au flot du temps, ni s’abandonner tel un petit bouchon au cours de la journée, sans permettre aux regrets – la concrétion des instants passés - , ou à l’inquiétude – la perspective des difficultés à venir-, de polluer ce moment précis. Vivre l’instant, c’est apprendre à rester conscient de tout ce qui nous entoure et d’en nourrir notre âme.
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On met toujours très longtemps à comprendre que, dans ce qui constitue notre être, il y a la part des autres, qu’on leur doit, et qui induit une gratitude.
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Ce qu’on appelle progrès, désormais, n’est autre qu’un fatalisme pernicieux, l’abandon des forces de son propre destin à des entités inconnues, avides non pas de progrès au sens propre, mais d’argent et de pouvoir. Le développement scientifique, nous ne pouvons peut-être pas l’empêcher, mais nous pouvons le contrôler sur le critère du bénéfice à la fois pour l’homme et pour la nature. Nous devons inviter l’avenir à tenir sa place dans le cours des décisions, et non plus l’occulter, le nier, comme c’est le cas aujourd’hui, remettant à de futures découvertes – aux quelles personne ne se consacre – la solution des catastrophes en cours.
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 Les hautes heures de l’humanité, dans les civilisations les plus raffinées qu’elle a su élaborer, sont celles où, dans un pas de deux, indissociablement liées, l’expression artistique a accompagné la science.
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La musique, pour se déployer, a besoin d’un être vivant qui l’incarne. « Vivant » veut dire relié au monde, participant à son élaboration, à la construction de l’univers tout entier.
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Quels que soient les temps, les lieux, les cultures, la grande difficulté pour chacun restera toujours l’effort à accomplir pour se mettre à la place de l’autre, pour admettre que ses raisons ne répondent pas toujours à notre mode de pensée, qu’il n’agit pas systématiquement dans le même sens, ni pour sacrifier aux mêmes intérêts.
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Notre culture s’est isolée du monde, et dans le blanc qui nous sépare de lui, dans ce no animal’s land, il y a désormais tout l’espace de la destruction.

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Bibliographie





- Retour à Salem, éditions Albin Michel, 2013

Eric Hazan & Kamo


Dire que le système (…) est cynique, injuste et brutal ne suffit pas. Protester, manifester, pétitionner, c’est admettre implicitement que des aménagements sont possibles face à la crise. Or, ce qu’on appelle crise est un outil politique essentiel pour la gestion des populations aussi bien productives que surnuméraires.
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Les boniments répandus par les économistes ne suscitent que moqueries. Les rencontres au sommet sensées l’une après l’autre mettre fin à « la crise » tombent dans une remarquable indifférence. La haine de la bureaucratie bruxelloise est générale, comme le mépris du personnel politique, toutes tendances confondues. « Personnel politique », voilà qui désigne adéquatement la domesticité bavarde préposée à l’intendance nationale, à la gestion quotidienne, à la basse besogne de faire accepter aux peuples les décisions prises par les véritables maîtres.
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Tout méprisé et haï qu’il est, le capitalisme démocratique n’est pas sérieusement attaqué. On parle de le corriger, de le rendre plus juste, plus vivable, plus moral, ce qui est contraire à son principe de fonctionnement – surtout depuis « la crise » dont le « traitement » repose sur les bas salaires et la précarité organisée. Nulle part il n’est question  de lui faire subir le sort qu’ont connu par le passé bien des régimes d’oppression, de lui donner une bonne fois congé, et pour toujours.
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On ne se dirige pas dans une époque sans avoir appris des échecs révolutionnaires, ceux qui ont entraîné les défaites et plus encore ceux qui ont suivi les victoires.
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Le plus difficile, le plus contraire au « bon sens », c’est de se défaire de l’idée qu’entre avant et après, entre l’ancien régime et l’émancipation en actes, une période de transition est indispensable.
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C’est seulement en s’organisant librement avec ceux qui nous entourent que l’on peut expérimenter des formes d’existence où les vertus de chacun trouveront à s’exprimer et les faiblesses, failles, fêlures viendront à s’estomper.

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Bibliographie




- Premières mesures révolutionnaires, éditions La fabrique, 2013


samedi 11 janvier 2014

Siri Hustvedt


Le désir peut être contagieux. De fait, c’est lui qui fait tourner les moulins du capitalisme.
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Le fait de vivre uniquement sur un mode réflexif crée toutefois un terrible mécanisme de désir insatiable, enclenche la poursuite sans fin de l’objet qui comblera le vide et nourrira une image de soi en manque d’aliment.
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Ce n’est pas un secret, une fois acquis, les objets du désir perdent souvent leur attrait.
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Le révolutionnaire mange et dort la révolution, ce temps glorieux d’un lessivage qui verra le triomphe d’un ordre nouveau, pour, dès l’avènement de celui-ci, se découvrir en train d’errer parmi des cadavres et des ruines. Seul l’être humain se laisse détruire par des idées.
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Les circuits de nos cerveaux dont dépendent la signification, la parole, la perception consciente et volontaire sont infimes comparés aux vastes processus inconscients des tréfonds.
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Notre culture n’encourage personne à accepter l’adversité.
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Tous les états humains, y compris la colère, la peur, la tristesse et la joie, relèvent du corps.
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Nous ne pouvons trouver le dehors qu’à travers le dedans.
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Nos esprits pensants et ressentants ne sont pas seulement le produit de nos gènes mais aussi celui de notre langage et de notre culture.
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Nous ne nous bornons pas à digérer le monde ; nous le fabriquons.
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La création artistique est une forme de jeu.
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Faute de nous voir réellement nous-mêmes, nous nous baladons avec une idée de ce que nous sommes. Nous avons une image corporelle ou une identité corporelle. C’est la notion consciente de ce dont nous avons l’air.
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Les mouvements de populations créent de nouveaux mondes, de nouvelles idées et inspirent des arts nouveaux.
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Les grands livres sont ceux qui sont nécessaires, qui changent la vie, ceux qui ouvrent le crâne et le cœur du lecteur.
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Le nom du père est le cachet de la généalogie, de la légitimité et de la cohérence.
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Il est normal que les enfants idéalisent leur père. Il est normal aussi que les enfants grandissent et reconnaissent l’humanité de ce même père, y compris ses faiblesses et ses aveuglements.
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La transition de l’idéal au réel n’est pas toujours tellement aisée, ni pour les enfants, ni pour le père.
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Identités, identifications, désirs, ne se peuvent démêler les uns des autres. C’est grâce à autrui que nous devenons nous-mêmes, et le moi est chose poreuse, pas un contenant scellé. S’il commence sous forme de carte génétique, c’en est une qui s’exprime au fil du temps et seulement en relation avec le monde.
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Nous ne sommes pas les auteurs de nous-mêmes, ce qui ne veut pas dire que nous n’avons ni capacité d’action possible ni responsabilité, mais plutôt que le devenir ne peut s’émanciper du lien.
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L’amour maternel est le commencement de tout le monde et sa puissance est irrésistible.
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La mère suffisamment bonne n’est pas la mère parfaite. La mère suffisamment bonne est un sujet dont les intérêts, pensées, besoins et désirs existent au-delà de son enfant.
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L’inégalité engendre des silences nécessaires. Ce n’est pas vraiment de l’amitié que les jeunes enfants attendent de leur père, mais une figure héroïque à laquelle se référer.
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La lecture est une activité intérieure.
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La lecture a tellement diminué dans notre culture que toute lecture est aujourd’hui considérée comme « bonne ». On encourage les enfants à la lecture en général, comme si tous les livres étaient égaux, mais un cerveau gorgé de truismes et de clichés, d’histoires formatées et de réponses simplistes à des questions mal posées n’est pas vraiment ce qui devrait faire l’objet de nos aspirations.
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Le langage n’appartient à personne. Il est dedans et dehors ; il appartient aux hommes et aux femmes.
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Nous ne sommes pas des créatures statiques. Nous prenons de l’âge et nous changeons.
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Il s’avère que le cerveau est très actif lorsque nous ne faisons rien que flâner en nous-mêmes.
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Notre monde est un monde de fragmentation intellectuelle, au sein duquel les échanges entre domaines et même à l’intérieur de ceux-ci sont devenus de plus en plus difficiles.
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La vision optimiste des choses consiste à penser que du chaos surgissent, à défaut de réponses, des questions intéressantes.
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Ni anges ni cerveaux en bocaux, nous sommes les habitants actifs et incarnés d’un monde que nous intériorisons de façons que nous ne comprenons pas tout à fait.
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Nul ne prétendrait qu’un individu est le diagnostic le concernant, et pourtant nul ne prétendrait que les caractéristiques définissant une maladie ne font pas partie de l’individu.
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Personne ne peut tout savoir. Même dans le monde disparu où les penseurs partageaient une même conception de l’homme instruit (c’était un homme, j’ai le regret de le dire), on ne savait pas tout. Même alors, il y avait trop de livres, trop de domaines, trop d’idées pour qu’il fût possible de se tenir au courant.
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Renoncer à la vision d’ensemble est une vertu intellectuelle, avec ce que cela suppose de regrets, de confusion, de réorientation et de réflexions nouvelles.
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Le doute est le moteur de la pensée.
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Tout discours qui diabolise autrui, proche ou lointain, est une trahison de l’idée de liberté. Dans une société libre, les libertés politiques appartiennent à tout le monde et, si on les restreint, sont perdues pour tout le monde. Dans une société libre, nul ne détient la vérité.
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Le moi narratif est le moi dans le temps. Nous sommes immergés dans le temps, pas nécessairement le temps des horloges, même si nous nous y référons, nous autres adultes, et certainement pas le temps de la physique. Nous vivons dans un temps subjectif, le temps séquentiel de notre conscience, et ce qui arrive d’abord devient le gabarit de ce que nous nous attendons à voir arriver plus tard. Du fait de la répétition, les perceptions passées en créent de futures.
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Nous sommes sans cesse en train de retenir comme de projeter, et le présent comporte toujours en soi l’épaisseur de l’avant et de l’après.
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Nous sommes les créatures d’un temps subjectif, fondé dans les dialogues non verbaux du premier âge, lesquels continuent à se développer dans le langage et sa conséquence naturelle, le récit.
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Nous ne sommes ni des machines ni des ordinateurs mais des créatures incarnées guidées par un vaste inconscient et un ressenti émotionnel.
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Les forces affectives muettes trouvent dans les ornements de la culture une réalisation symbolique.
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La prise de conscience de l’autre par le tout-petit se fait sans conscience de soi réflexive ; c’est une relation subliminale, incarnée.
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La recherche en génétique, en particulier le décodage du génome dont certains scientifiques ont espéré qu’il ferait office de cartographie définitive de tous les caractères humains, s’est révélée décevante et s’est effacée face à l’épigenèse. Il n’y a guère d’indices d’effets simples et conséquents de mutations dans des gènes spécifiques. L’histoire humaine est bien plus complexe. Ce qui paraît évident, c’est que des styles d’émotion ou des schémas de réaction, les formes répétitives de nos relations à autrui et leurs significations primales, sont créés avec nous et commencent probablement avant même la naissance. La plasticité du cerveau suppose le dynamisme, mais aussi les répétitions neurales.
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Nous pouvons percevoir intuitivement les actions des autres grâce à des mécanismes biologiques, mais ces perceptions sont déterminées aussi par des expériences passées. Et c’est ainsi qu’illusions et fantasmes accèdent à l’aire de jeu.
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Les mots sont les émissaires suprêmes, parce qu’ils vont de l’intérieur du corps vers l’extérieur, et qu’ils sont partagés et non point possédés à titre privé.
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Fondamentalement, nous sommes plus libres dans l’espace onirique que nous le sommes lorsque nous naviguons dans le monde en tant qu’êtres humains pleinement conscients. Les restrictions de la logique « éveillée » ne s’appliquent pas lorsque nous dormons.
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L’émotion joue un rôle essentiel dans la mémoire. L’indifférence est le chemin le plus court vers l’amnésie et, en définitive, les seules œuvres d’art qui comptent sont celles dont nous nous souvenons et celles dont nous nous souvenons ce sont, semble-t-il, celles qui nous ont émus.
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Il existe un sous-sol à la pensée, un lieu d’incubation auquel nous n’avons guère accès.
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Nous naissons au sein de significations et d’idées qui façonnent la manière dont nos esprits incarnés affrontent le monde.
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Nous ne sommes pas des ordinateurs, et nous ne sommes pas que des cerveaux. Nous avons des corps qui se déplacent dans l’espace, nous avons des émotions et un vaste inconscient, et nos perceptions des gens et des choses sont actives et créatives. Il est devenu de plus en plus manifeste qu’une grande partie des schémas dynamiques de connectivité neurale dans notre cerveau n’est pas génétiquement prédéterminée. Ils ne sont pas statiques mais sont influencés par notre comportement et nos expériences sensitivomotrices et cognitives. Apprendre modifie le cerveau, et la plasticité de celui-ci dure toute notre vie.

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Bibliographie



 - Vivre, Penser, Regarder, éditions Actes Sud, 2013

dimanche 5 janvier 2014

Valentine Goby


Elle ne sait rien de la distance, ni de la durée du voyage. Arrêts brefs, sans pause, portes ouvertes aussitôt closes dans un fracas de ferraille. De brusques éblouissements, des plaques d’air frais laissent tout juste entrevoir l’alternance du jour et de la nuit, de la nuit et du jour. Trois nuits, quatre jours. A un moment on passe la frontière, forcément…
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Maintenant les quatre cents femmes passent les barrières et entrent dans le camp. Les chiens, les hurlements, les projecteurs. On est où ici, demandent des voix, c’est quoi ce merdier. On frappe, on hurle, on compte, on recompte. Elles traversent une place vide, remontent une allée de bâtisses au cordeau puis sont bouclées, ventres contre ventres contre dos, quatre cents femmes moins les mortes, debout dans une seule salle obscure…
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Chaque nuit répète le jour, le jour traversé deux fois, donc, revécu la nuit, et chaque journée nouvelle semblable à la précédente. C’est à perdre toute notion du temps, de ses ruptures dans le monde du dehors, en dehors du camp, le camp est une journée sans fin qui dure toute la nuit et tous les jours qui suivent, une longue journée sans coutures infectée par des images de mort.
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Le jour du lilas, le 24 avril 1945, j’ai pensé à une amie, à ma sœur de Ravensbrück, Teresa, à qui je dois de vivre. C’est à Teresa que je pense encore alors que je vous parle. Et d’ailleurs regardez, cette branche de lilas blanc, oui, juste derrière vous jeune homme ; regardez-la, qui cogne tout doucement à la fenêtre.

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Bibliographie




- Kinderzimmer, éditions Actes Sud, 2013