mardi 16 août 2022

Si on parlait de santé publique ?

   

 A propos de « Santé publique année zéro », de Barbara Stiegler & François Alla, Tracts Gallimard n°37





J’ai parfois l’impression d’être devenu gâteux, à toujours répéter la même chose !

De quoi parlons-nous lorsque nous causons de « santé publique » ?

De quoi parlent-ils, nos « politiques » lorsqu’ils en causent ?

Depuis mon entrée dans le sérail des professions médicales et paramédicales, dans les années 1970 du siècle précédent celui-ci, combien de fois ai-je attiré l’attention sur la distinction à faire entre « système de soin » et « de santé ».

Combien de fois aussi suis-je revenu à la définition de l’OMS : « un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » ?

Quelle étrangeté que cette définition semble, avec le temps, devoir échapper toujours plus à l’attention des décideurs, y compris au sein de l’organisation qui en fut l’auteur.


Il aura donc fallu la pitoyable gestion de la « crise sanitaire » liée au COVID pour qu’enfin reviennent dans le débat les questions de santé publique (j’y reviendrai par ailleurs en rédigeant toute une série de notes de lectures d’ouvrages abordant le sujet sous différents angles et points de vue).

Il me faudrait, pour réfléchir plus en profondeur, revenir aux ouvrages de Michel Foucault mais aussi, avant lui, à l’oeuvre incontournable de Georges Canguilhem dont je n’ai pas encore achevé la lecture. Je remercie mes lecteurs de bien vouloir excuser ces lacunes.

Pour l’heure, il s’agit d’analyser comment les gouvernements, jouant sur les mots au point de véhiculer dans le grand public, l’idée que la santé publique pourrait être réduite à la notion de soin, ont pu, par cette déviation du sens, des mots et cette perversion des idées, faire disparaître du paysage l’idée même de santé publique, ce qui aura permis à Barbara Stiegler et François Alla, respectivement professeure de philosophie politique et professeur de santé publique, d’écrire que nous en sommes désormais à une année zéro de la santé publique.

« Les mesures autoritaires de restriction n’ont pas seulement abimé nos libertés, notre modèle démocratique et le contrat social qui sous-tend notre République. Elles ont aussi transformé le champ de la santé publique, justement, en champ de ruines. » (Page 4)

Il est étrange cet acharnement à semer la ruine partout où passe le « libéralisme », une forme si vieillotte de capitalisme autoritaire et de dogmatisme digne des hitlériens ou staliniens du siècle dernier.

Il est visible que les mesures prises se traduisent par un échec cuisant et surtout une paupérisation massive des populations réduites à devenir les supplétifs d’un « marché du travail » plus proche d’un marché aux esclaves que d’une entreprise compassionnelle où chacun pourrait envisager un avenir « radieux ».

Ce système, pathogène par essence, laisse l’immense majorité des citoyens parfaitement démunis. La crise du Covid en a fait la démonstration : « Privés de soin et d’accompagnement au début de la crise, les citoyens français les plus pauvres, les plus éloignés du numérique et les plus fragiles sur le plan sanitaire sont encore aujourd’hui les moins dépistés et les moins vaccinés. » (Page 5)

Là où la « crise » du Covid aurait dû inciter à une réflexion en profondeur sur le fonctionnement de la santé publique, nous aurons assisté, les soignants en tête, à l’accélération de la destruction massive de celle-ci, au nom de la gestion financière et de l’instauration d’une société du contrôle visant à achever la dépossession des citoyens de leur capacité à s’occuper eux-mêmes de leur santé.

« À la dégradation de l’état de santé des populations s’est ajoutée, un peu partout dans le monde, la destruction d’un des ressorts fondamentaux d’une politique de santé publique  efficace : la confiance des citoyens dans la parole publique et dans la loyauté de l’information scientifique, elle-même corollaire de la confiance des autorités publiques dans l’intelligence est l’autonomie des citoyens. » (Page 8)


Dans le cadre de cette destruction totale de la notion même de santé publique, au nom d’une médecine où la pénurie est savamment orchestrée depuis au moins quarante ans, seule la « médecine 2.0 », le remplacement des consultations physiques chez le médecin (et même chez le kinésithérapeute) sont remplacées par la « télé-médecine (télé-kinésithérapie). La relation humaine étant considérée comme douteuse, « dans cette chaine de production automatique des data, les soignants sont réduits à l’état de simples prestataires, et ils sont privés de toute expérience clinique de la maladie. Quant à la réalité sociale dans laquelle se trouvent toujours pris les soignants et les patients, elle est purement et simplement niée. » (Page 14)

La relation soignant/soigné, dans ce contexte déshumanisé, n’est plus considérée comme l’acte essentiel d’une compréhension de la réalité sociale de la maladie et le patient est « confiné » dans une individualité absolue sauf à contester la validité de ce qui lui est présenté comme le nec plus ultra de la modernité du soin.

Déformés par la pensée unique d’une médecine purement technique depuis des lustres, il ne viendraitn à l’idée de personne de reconsidérer l’importance de la relation humaine dans l’efficacité thérapeutique.

La notion même de démocratie ayant été déconstruite sous l’égide d’un pouvoir voué au fait du prince, l’existence même d’un commun où se nouent des relations capables de soutenir chacun face aux aléas de l’existence est réduite à un rapport strictement individuel.

« En ne reconnaissant que l’existence d’individus aux droits antécédents et de collectifs repliés sur leurs intérêts privés, chacun étant pensés en compétition contre tous les autres, ce modèle politique est incapable d’imaginer une construction démocratique de l’intérêt général et une élaboration collective de la vérité. » (Page 22)

Le néo-libéralisme, coulé particulièrement en France dans le moule d’un Etat dont la constitution  fait, depuis 1958, de la démocratie une bouteille vide dirigée par un monarque élu, certes, mais pouvant s’assoir sur toutes les prérogatives des reliquats démocratiques que sont les assemblées (Assemblée Nationale et Sénat), finit par contester les capacités même de la moindre autonomie des citoyens, considérés comme des ignorants en qui le pouvoir ne peut avoir la moindre confiance et qui, de ce fait, doivent être dirigés comme un troupeau soumis aux décisions, même les plus incompréhensibles.

« Tandis que, dans le libéralisme des origines, les individus étaient désignés comme les leviers naturels de la compétition et qu’ils étaient jugés naturellement enclins à favoriser l’innovation, le nouveau libéralisme a réussi à imposer, avec « l’économie comportementale », le constat inverse : les individus et les collectifs seraient mal équipés sur le plan cognitif, leurs raisonnements seraient systématiquement biaisés et ils seraient naturellement défiants face à la nouveauté en général et aux innovations en particulier. 

(…)

Alors que de plus en plus de mouvements sociaux se mettaient progressivement à douter, sous la double pression de la crise écologique et financière, des prestiges de l’innovation et du marché, les pouvoirs publics se sont mis à contester de plus en plus clairement les compétences épistémiques des citoyens en matière d’économie, d’environnement et de santé. » (Page 23)

Le citoyen déconsidéré, dépossédé de toute information et nié dans ses capacités de pensée autonome, n’est plus ce qu’il croit être mais un objet auquel le pouvoir peut raconter n’importe quelle histoire, même la plus absurde. Le rouleau compresseur des médias vendus aux plus fidèles soutiens du pouvoir fait le reste. Et, tandis que le citoyen moyen reste terré chez lui, terrassé par l’angoisse de ce qu’ils nomment pandémie plus que par les contaminations dont on lui dit sans la moindre vérification des preuves qu’elles vont croissantes aux gré de vagues parfois, selon les régions, qui ne sont que vues de l’esprit, le gouvernement, fort d’un état d’urgence sanitaire jamais vu, peut en toute impunité achever de détruire ce qui restait d’une santé publique déjà bien sabordée par tous les pouvoirs successifs depuis les années soixante dix.

On remplace le libre arbitre des individus par un consentement fabriqué de toute pièce : « Au lieu de recueillir le consentement libre et éclairé des individus , il s’agit de fabriquer le consentement des populations par une série de « coups de coude » (nudges) les poussant dans la « bonne direction » qu’elles sont jugées incapables d’apercevoir et de désirer par elles-mêmes. » (Page 24)

Les esprits réduits à la folle inquiétude d’une « pandémie » qui ne correspond en rien à la réalité scientifique observable, « en imposant dès le début de la crise l’imaginaire sidérant de la « Pandémie », en faisant comme si le virus menaçait de mort toute la population à égalité, la réalité syndémique de l’épidémie, c’est-à-dire la manière précise et diversifiée  dont elle rencontrait les déterminants sociaux et environnementaux de santé sur lesquels devait se fonder toute action efficace en santé publique, n’était absolument pas prise en compte.

(…)

En considérant que les populations étaient composées d’individus interchangeables, dont la probabilité d’être contaminés était identique pour tous, ces modélisations ont, par nature, contribué à l’invisibilisation des disparités sociales et territoriales. Elles ont par là même conduit à promouvoir des stratégies globales indifférenciées qui ont eu pour conséquence de renforcer l’impact de l’épidémie pour les plus vulnérables. Ceux qui souffraient le plus de l’épidémie furent aussi ceux qui ont le plus souffert des mesures générales indifférenciées telles que le confinement et qui ont le moins bénéficié des mesures individuelles, telles que les dépistages ou la vaccination. » (Page 30)

Les approches pluridisciplinaires, intégrant dans la réflexion sanitaire, à la fois les données scientifiques mais aussi sociales et environnementales ont été tout simplement éludées.

« Les modélisations n’auraient pu être contributives que dans le cadre d’une approche pluridisciplinaire, qui intègre les sciences sociales et environnementales en vue de rendre compte du caractère syndémique de l’épidémie. «  (Page 31)

Ce repli sur une médecine persuadée d’avoir seule raison contre toutes les autres approches fut une remise en question des fondements même des recherches en santé publique depuis cinquante ans.

« Tandis que l’approche socio-environnementale des questions sanitaires avait réussi à s’imposer, à partir des années 1970-1980, comme le coeur de la santé publique moderne, l’ancien modèle pasteurien puis biomédical, celui de l’hygiénisme triomphant qui croyait pouvoir soigner en éradiquant les agents pathogènes à coup de mesures autoritaires, faisait son grand retour. » (Page 32)

C’est ainsi toute une conception de l’homme intégré dans son environnement qui a été purement et simplement démolie au profit des critères hygiénistes et positiviste du XIXème siècle qui ont fait leur grand retour, pour le plus grand bonheur de big-pharma.

Car, « les chercheurs en santé publique » qui « avaient au fond appris à reconnaître que, la plupart du temps, on n’était pas malade et on ne mourait pas du seul fait d’avoir contracté un virus. On était malade et on mourait, le plus souvent, de sa position dans la société. Le virus était certes biologiquement présent dans l’organisme, mais il n’avait, au regard de cet enchevêtrement de causes, qu’un rôle déclencheur » (Page 33), ont été totalement court-circuités et étouffés au profit d’une conception scientiste de la médecine rendant le virus seul responsable  de ce qu’ils ont nommé une pandémie.

Ceci posé comme fondement de la gestion de la « crise sanitaire », « au lieu de protéger en priorité les plus fragiles face au virus tout en favorisant leur capacité à se mobiliser et leur pouvoir d’agir sur leur propre santé, cette politique n’a pas cessé, pendant deux ans, d’aggraver l’ensemble des inégalités et des vulnérabilités. » (Page 35)

« Puisque la menace pandémique était universelle, la panacée devait être distribuée, elle aussi, de manière massive et indifférenciée. Au lieu d’adopter un raisonnement de santé publique de nature relationnelle, ciblé et proportionné, les pouvoirs publics ne reconnaissaient qu’une seule forme de réalité : celle du tout ou rien. » (Page 38)

Ceci s’est traduit par une confiance aveugle aux discours des sociétés pharmaceutiques sans confrontation avec les discours scientifiques, sociologiques et environnementaux qui tendaient à démontrer que la seule vaccination ne pouvait être le remède « universel » à une crise qui relevait plus de la syndémie que de la pandémie : « Pour la médecine comme pour la santé publique, un produit de santé ou une mesure sanitaire avaient pourtant toujours été évalués, jusqu’à cette crise, de manière relationnelle. Un médicament par exemple devait, en pharmacologie, s’appréhender comme un pharmakon au double sens du mot grec, c’est-à-dire à la fois comme un remède et comme un poison. C’est ce qui rendait cruciale la question de la posologie, c’est-à-dire de la juste dose et de la bonne fréquence d’administration, mais aussi celle de l’indication : celle de savoir à quoi et pour qui le médicament était bon.

(…)

Un jugement moral appréhendant le bien comme une entité substantielle, ayant une valeur absolue, ne pouvait avoir cours en médecine. Le pharmacien comme le médecin n’avaient jamais affaire ni à des substances métaphysiques ni à des valeurs morales, mais seulement à des principes actifs aux vertus relationnelles, dont il s’agissait toujours de déterminer de manière critique, et à chaque fois selon le contexte, la force et les limites. » ( Page 39)

À la démolition en règle de toutes les pratiques établies en matière de santé publique depuis la fin des années cinquante du siècle dernier, s’est ajouté une décrédibilisation de toute démarche scientifique car, « présenter « le vaccin » comme une valeur absolue et l’élire comme « l’unique moyen de sortir de la crise » était une erreur massive d’appréciation, substituant au raisonnement scientifique et médical une approche morale et militante, aussi peu rigoureuse que celle qui présentait le vaccin comme le mal absolu. » (Page 40)


Ainsi, deux ans après cette « crise », nous voici au terme de l’entreprise néo-libérale de destruction massive de tout ce qui, de près ou de loin, contribue aux rapports humains dans la société. l’entreprise fut de longe haleine. Elle a commencé avec l’institution du « numerus clausus » dans les années soixante-dix, puis avec la financiarisation de plus en plus dogmatique de l’assurance maladie et de la gestion des hôpitaux publics (comme de la médecine de ville, dite « libérale »).

Le système de soin étouffé, l’arrivée du Covid a permis aux dogmatiques libéraux au pouvoir d’en finir avec une notion de santé publique comportant encore trop de traits humains.

Nous en sommes là, sur ce seuil où désormais, le système étant littéralement à bout de souffle et la population épuisée par des mesures sans queue ni tête, la prochaine crise, au lieu d’être sanitaire, pourrait bien être humanitaire.


Xavier Lainé


3-16 août 2022



mardi 5 juillet 2022

Remettre de l’humain dans la relation de soin

À propos de Edouard Zarifian, « La force de guérir », éditions Odile Jacob, 2001





Des années que ça dure, que vous n’allez pas bien. Vous consultez votre médecin. Puis vous devez être « pris en charge » (le terme en dit long sur le mépris de votre autonomie) par des infirmières, des kinésithérapeutes.

Des années que ça dure, que les soignants qui vous accueillent ont été formés à une théorie scientifique de la médecine qui considère que les statistiques ont valeur d’exactitude et que l’acte technique reconnu par celles-ci est l’alpha et l’omega des traitements qui vous conviennent.

Des années donc que l’humain que vous êtes est considéré de haut par une pratique soignante dont on ne peut pas dire qu’elle soit volontairement déshumanisée puisque l’humain n’est pas compris dans les formations.

Pour couronner le tout, des années que, par l’entremise de l’Assurance maladie gérée par des technocrates plus soucieux de la gestion financière de l’organisme que de la santé publique, les honoraires et salaires des soignants sont maintenus à un niveau assez bas pour qu’ils soient amenés à multiplier les actes pour se garantir un revenu digne de ce nom.

Vous allez donc chez votre médecin, je ne cherche pas ici à généraliser mais c’est si souvent le cas : il vous reçoit le plus rapidement possible, cherche dans le catalogue Vidal le traitement qui semble vous convenir (sans aucune certitude scientifique soit dit en passant), et quelques minutes plus tard, vous voici ressorti muni de votre ordonnance vous autorisant à prendre des molécules auxquelles vous ne comprenez rien (sans même mention des effets indésirables), vous invitant à faire venir infirmier(ère) ou kinésithérapeute  qui appliqueront, avec soin et compétence, les mentions précisées sur l’ordonnance, sans prendre le temps, eux non plus, car persuadés que leur geste technique sera le bon, et qu’il serait vain d’en perdre, du temps, à mieux connaître le terrain économique, social, affectif ou psychologique qui vous a peut-être conduit à perdre votre santé.


Je disais ne pas chercher à généraliser. Si certains ne rentrent pas dans le jeu, c’est plus par disposition personnelle et non parce que les formations permettent d’envisager une autre manière de concevoir la relation de soin.

Ainsi en est-il d’Edouard Zarifian⁠1, et de son ouvrage publié en 1999, intitulé « La force de guérir ».

Parfois, on me dit exagérer lorsque je parle d’une « médecine scientiste ». On a peut-être raison et bien évidemment les tenants de cette médecine là étant plus nombreux que les autres, on pourra toujours m’expliquer que c’est une manière de se rassurer que de lire un ouvrage comme celui-ci.

Or, il se trouve que mes recherches de praticiens recevant chaque jour des patients englués dans une vie parfois ingrate, me mènent bien souvent aux mêmes considérations qu’Edouard Zarifian : 

« Quoi qu’en pensent les tenants de l’idéologie scientiste, parler et être écouté est encore le meilleur moyen pour apaiser la souffrance de quelqu’un qui « veut dire quelque chose ». » (Page 116)

Si la souffrance et la maladie ont un sens inscrit dans la vie de chacun, ce sens ne peut être mis en évidence que dans une relation aux autres et en particulier dans la relation de soin.

En quelque sorte, la relation de soin devient ce moment qui permet d’opérer les relations, les liens entre ce qui est vécu parfois depuis de nombreuses années, et l’émergence des symptômes.

Le relation de soin  devient alors un échange, un dialogue qui nécessite d’en prendre le temps : « On a toujours besoin de l’autre pour découvrir qui on est », écrit Edouard Zarifian, « pour atteindre son propre savoir et connaître son propre pouvoir. C’est la vertu de l’échange, où chacun donne et reçoit, que d’y aider. La prouesse technique peut aider à guérir, mais cette alchimie ne se produit vraiment que si l’on y introduit de l’humanité. » (Page 123)

C’est ce temps nécessaire, non reconnu par les nomenclatures obsolètes d’un système social condamné à la rentabilité financière, qui manque le plus aux soignants.

Ce temps qui permet de prendre connaissance, d’observer et de mesurer la place que tiennent les symptômes chez le patient.

C’est en prenant ce temps nécessaire qu’il devient possible de mesurer à quel point la maladie se met à occuper tout l’espace, avec des graduations différentes d’un sujet à l’autre.

« Un homme n’est pas malade, il devient la maladie. Il se transforme. Intégralement. Il se met à vivre différemment, on ne le regarde pas non plus  de la même façon. Il est quelqu’un d’autre. » (Page 156)

C’est à ces différents stades d’envahissement par la maladie que le soignant doit pouvoir porter attention afin de proposer les aides thérapeutiques capables de soutenir le patient dans sa volonté de rémission.


Je parle de rémission car le terme de guérison sous-entend un retour à l’état originel quand chaque évènement traumatique est un apprentissage, un changement en profondeur permettant le retour à un équilibre, une homéostasie un instant perdue.

Le patient alors devient acteur de sa rémission, de son évolution avec les symptômes. Il ne s’agit pas seulement de « guérir » :  « Guérir ? Pour faire quoi ? Qu’est-ce qui est préférable ? Être bien portant, mais confronté à toutes les obligations et contraintes de la vie en société ? Ou être protégé par le statut de malade ? » (Page 158)

Il s’agit donc, non d’installer le patient dans sa maladie et une dépendance à des traitements absorbés passivement, mais de le rendre acteur de sa rémission, plus conscient du rôle de son environnement dans la survenue de sa pathologie.

Pour aller dans ce sens, c’est d’humanité que la médecine doit s’imprégner, non simplement de l’application de gestes techniques répétés à l’identique, patient après patient, sans avoir le temps de connaître chez chacun dans quelle relation pathogène avec son milieu il s’est installé, le plus souvent à son insu.


Xavier Lainé


Manosque, 4-6 juillet 2022



1 Édouard Zarifian, né le 22 juin 1941 à Asnières (Hauts-de-Seine) et mort le 20 février 2007 à Ouistreham (Calvados), est un psychiatre, professeur des universités-praticien hospitalier français. Il est connu pour ses ouvrages alertant sur les intérêts des laboratoires pharmaceutiques et les dangers de l’utilisation systématique de substances chimiques tels les psychotropes en place de traitements plus humanistes prenant en compte la personne du malade.

Voir sa fiche sur Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Édouard_Zarifian

mardi 28 juin 2022

Le progrès se traduit parfois par un recul

 



A propos de Menace sur nos neurones, de Marie Grosman et Roger Lenglet


Depuis si longtemps mes inquiétudes étaient là.

Bien sûr on me dira toujours qu’une inquiétude ne fait pas science, et pourtant, depuis trente ans, combien de gens atteints de sclérose en plaque, de scléroses latérales amyotrophiques, de Parkinson et autres Alzheimer sont-ils passés entre mes mains ?

Parfois si jeunes que leur âge venait bizarrement contredire l’idée répandue que ces maladies seraient le triste apanage des sujets vieillissants.

Logique, non ? Les progrès de la science nous maintiendraient en bonne forme de plus en plus longtemps, mais voilà, leur rançon se monnaierait en lourdes et accablantes maladies dites auto-immunes.

Sauf que de mon expérience je tirai soucis de voir des sujets de plus en plus jeunes touchés de ces étranges pandémies, quand ils ne cumulaient pas, les veinards avec quelque cancer plus ou moins en rémission, traités à lourdes doses chimiothérapiques. Parfois même ils avaient bénéficié des largesses des traitements antidépresseurs pour mieux faire passer la pilule d’une vie de plus en plus dégradée.

Arrivés dans mes mains, ils espéraient et espèrent encore, les bougres sans que je puisse même leur faire part de mes doutes.

Les articles ne manquaient pas qui soulevaient maintes questions. La disproportion des enquêtes épidémiologiques de pays à pays, ne pouvaient que nous alerter un peu plus.

Mais non, silence sur la ligne, et comme nulle structure professionnelle n’existe qui permette de se poser collectivement les questions, il ne reste plus qu’à demeurer seul, face au patient, ruminant la longue litanie des inquiétudes.

Je m’entends chaque jour dire que plus j’avance en mon métier, plus je suis obligé de constater que viennent s’échouer sur ma table tout l’épuisement d’un monde absurde.

Parfois, j’aimerais même pouvoir me tromper. Parfois même j’appelle encore de mes vœux un sursaut professionnel qui ferait prendre en compte notre environnement parmi les causes probables de ces troubles étranges, de plus en plus mal diagnostiqués, ou de plus en plus tardivement, ou parfois même aggravés alors que le diagnostic fut posé en temps et heure, avec ses traitements pires que le mal à la clef.

J’ai même accepté de siéger dans une Union régionale de Santé, en pensant naïvement que de tells questionnements y trouveraient leur place. Belle naïveté, pour de vrai.

Alors, je lis, je lis et tombe par hasard sur « Menace sur nos neurones », de Marie Grosman et Roger Lenglet et voilà que tout s’éclaire. Car ce que je croyais, venant du béotien que je suis, n’être que l’émergence d’un petit côté paranoïaque, se trouve tout à coup partagé. Je m’aperçois brutalement que je n’étais pas le seul à m’interroger : des scientifiques du monde entier, des épidémiologistes, des toxicologues sont allés fouiller dans le monde glauque de cette fiance qui tient le monde au risque de commercialiser des poisons et de les répandre, dans l’air, l’eau, la terre, transformant notre jolie planète bleue en enfer neurotoxique, sans rencontrer la moindre opposition de nos gouvernants, eux-mêmes conseiller par des « experts » pour le moins partiaux.

Depuis si longtemps je clamais l’illogique d’un remboursement sans claire vision de ce qui était remboursé, alors que mes propres soins, qui n’utilisent aucun subterfuge se voient peu à peu bannis au nom de rigueurs économiques avec œillères.

Etrange comme les économistes dogmatiques de ce temps n’ont aucun regard sur ce qui fait mal !

Ce que médias et gouvernants mettent sous le terme de santé publique n’est plus que l’ombre d’elle-même car il s’agit moins de mener les enquêtes épidémiologiques et toxicologiques que de favoriser une « industrie du soin » dont la matière est constituée de pathologies avérées ou supposées, voire désormais inventer et permettre ainsi aux industriels de la chimie, de la pharmacie et de l’agro-alimentaire d’engranger de substantiels profits, sous couvert de pseudo agences indépendantes mais dont les experts émargent auprès de cette même filière.

Depuis fort longtemps je tente de faire entendre aux opposants à ce système la nécessité d’être très clair sur ce que l’on dit : la santé c’est ce que l’on a avant que d’avoir besoin de soins, et, hélas, dans l’escalade qui fut la nôtre depuis maintenant un siècle, nul n’en a plus cure, sinon quelques lanceurs d’alertes qui ont bien du mal, dans notre pays réputé démocratique, à se faire entendre.

Je ne vous livrerai pas toutes les informations contenues dans cet ouvrage, indispensable à la prise de conscience des enjeux qui se trament derrière ce qui reste du ministère de la santé et de ses agences régionales, mises en place par la loi inique d’une ministre dont la collusion avec les intérêts privés n’est plus à démontrer. Il faut tout simplement acheter, lire et faire lire ce livre.

Je me contenterai de faire mienne sa conclusion : « Nous avons maintenant les éléments en main pour sortir notre société neurotoxique de l’impasse terrifiante où elle s’est engagée. Mais il faudra pour cela que des forces citoyennes se mobilisent et contraignent les politiques à accepter la démocratie sanitaire qu’il faut bâtir ensemble. Cela passera forcément par une remise en question d’un système de santé exclusivement centré sur l’approche thérapeutique. Comme nous le notions avec André Aschieri, en 2000 : « nous avons hérité d’un système de santé entièrement tourné vers la médecine curative et n’accordant qu’une part ridicule à la prévention ; au point qu’on a pu qualifier le ministère de la Santé de ministère de la Maladie. » C’est un énorme défi. Nous savons aujourd’hui qu’il sera plus difficile à relever que celui de la révolution pasteurienne. Contre ceux qui le traitaient de paranoïaque et se refusaient à croire que des microbes invisibles étaient une menace omniprésente, Louis Pasteur a redéfini la médecine moderne et la prévention autour des notions de bactéries et de virus. Peu d’esprits étaient alors capables d’en évaluer les enjeux. C’est l’un des grands paradoxes de l’histoire de la santé publique que de devoir maintenant affronter les monstres économiques qui sont nés de cette révolution et s’en sont nourris. »


Xavier Lainé

Manosque, 30 octobre 2011


Marie Grosman et Roger Lenglet, Menace sur nos neurones, Alzheimer, Parkinson… et ceux qui en profitent, éditions Actes Sud, Questions de société, 2011, 22€ dans toutes les bonnes et vraies librairies.

Note publiée en 2011 sur le site Exigence Littérature : Exigence littérature



dimanche 16 janvier 2022

Poésie des profondeurs

 





À propos de Sommeils, de Robert Desnos, éditions NRF Poésie:Gallimard, 2021


Voici que Robert Desnos entre en sommeil. 

De cette profondeur jaillissent mots et illustrations sur bouts de papier épars.

Que André Breton recueille avec soin et conserve, bien au-delà de la fin atroce au camp de Teresienstadt, en Tchécoslovaquie.


CI GÎT etc…



LA COULEUR DE l’éternité n’A PAS DE NOM



ETERNITE

DEFENSE                                                D’AFFICHER

FRAPPEZ

FORT


(Écrit sous hypnose du  29 octobre 1922)


Les feuillets dorment dans les archives Breton puis sortent de l’ombre : une première version de Sommeils de Robert Desnos fut publiée partiellement chez Jean-Michel Place en 2015.

Une version augmentée est parue dans la collection Poésie, chez Gallimard, sous la direction de Christophe Langlois.


Ces documents, oeuvre de Robert Desnos au cours des expériences hypnotiques menées sous la direction de André Breton, nous ouvrent les fondements du surréalisme mais peut-être aussi ceux de la poésie elle-même.

Ces bribes de textes et leur illustration nous posent question : l’écriture poétique tient-elle seulement d’un geste littéraire esthétique, ou d’une forme de communication avec les substrats inconscients qui nous font percevoir le monde à la fois dans sa réalité la plus crue et dans sa dimension parfaitement onirique ?

Du monde réel au monde rêvé, la poésie jette des ponts.

Que sais-je de ce qui va jaillir avant de l’avoir écrit ?

Je contemple après coup les lignes que tracent les mots sur la page blanche.

Me voici perplexe, lisant ce que je ne suis pas convaincu d’avoir écrit.

Ce qui vient du poème plonge aux profondeurs de l’être, de la vie.

Bien sûr fut le rythme qui permettait de transmettre de bouche à lèvres, le lien que les humains pouvaient ou non entretenir entre eux, et avec le monde naturel qui vit leur émergence.

Mais il y eut aussi ce long chemin intérieur qui fit de l’hominidé un humain, qui lentement le mena à prendre parole et donc à en perpétuer l’esprit et la lettre.

Avec ces Sommeils, de Robert Desnos, on touche à cet essence qui se parle bien au-delà de la parole, une écriture qui se trouve indissociablement liée aux graphismes comme hiéroglyphes témoignants de la vie intérieure du poète.

Or, il n’est de vie intérieure qu’en lien avec un monde, un univers, un environnement qui nous façonnent, laissent leurs traces mnésiques au plus profond de nos êtres.

Desnos, ainsi, certains jours, se faisait prémonitoire quant à son propre destin.

De l’avis de ceux qui assistaient aux séances, il était celui qui allait le plus loin dans l’hypnose, qui permettait à son inconscient d’exprimer le plus d’états d’où jaillissaient à la fois le texte et le graphisme.

Nous tenons là, avec la publication de ces feuillets en Poésie/Gallimard, une source précieuse sur l’expérience surréaliste mais aussi poétique dans son essence.


Xavier Lainé


Manosque, 16 janvier 2022


 

dimanche 19 septembre 2021

L’amour, plus fort que les spasmes de l’histoire

À propos de «  Quelque chose delle » de Jackie Dervichian, éditions Dergham, Beyrouth, 2018





À qui veut comprendre quelque chose au mystère du Liban, il faut lire « Quelque chose delle » de Jackie Dervichian.

En effet, avec tout son coeur, et comme cest un coeur immense, son livre dit un peu, beaucoup, à la folie quelque chose delle.

On y découvre un tissus d’émotions à fleur de peau, dans cette vie moyen-orientale chahutée par les identités et les migrations.

On traverse avec lhéroïne la tendresse partagée dune mère, dun père qui savent toute la difficulté d’être dailleurs, dici, de partout, éternellement chahuté de pays en pays, sans vraiment pouvoir planter ses racines quelque part, ou si ces racines existent, lendroit en est interdit daccès, les rejetant en éternel exil.

Cest toute la force et la faiblesse du Liban, dernier pays héritier dune cosmopolitisme sacrifié sur lautel des particularismes, des nationalismes.

Ce Liban là, multiculturel, véritable mosaïque, vibre dans ce foisonnement, cette exubérance. 

On suit pas à pas, au rythme dune prose poétique toute de tendresse et damour, les pas balbutiant de Saune. 

Il lui en faut de la tendresse et de lamour pour franchir les obstacles, avancer en terre tantôt accueillante, tantôt ravagée par les bombes et les attentats.

Lorsquon vit dans le confort européen, on a du mal à sentir tout ce quil faut damour pour survivre à lhostilité, traverser les périodes où les communautés sopposent jusqu’à sentretuer.

Pourtant cest ce quil lui faut, à Saune, cet amour salvateur qui est là, entre les lignes, comme une main tendue pour aider à ne retenir que la tendresse du monde.

Cest toute la force de l’écriture de Jackie Dervichian que de nous donner à sentir, à voir. Les mots se font poème, chant vibrant au rythme des battements du coeur.

Tout est là, il ne manque que les images. Bien que, en fermant les yeux et en suivant le rythme des phrases, on voit, on imagine.

Lamour est tellement fort quil nest plus de frontières, plus de barrières. 

Cest un monde qui souvre où les convulsions du siècle se trouvent apaisées dune main fraîche sur le front fiévreux.

Cest une étoile qui brille dans le ciel dOrient et donne envie douvrir les bras et de la bercer, Saune, sauvage et rebelle, belle comme un jour oriental, si pleine de son histoire qui traverse les spasmes de lHistoire.

On imagine cet élan retenu, cette infinie douceur qui se décline au fil dune vie, ce baiser qui sesquisse mais ne sexprime pas, sinon dans un murmure intérieur.

Cest un film dont les images en noir et blanc, ou en couleur sépia donnerait envie de ne cesser de le regarder pour la seule beauté des âmes qui se croisent.

Cest un hymne damour permanent, déposé sur les paupières du soir, un baiser tendre sur le front des étoiles, histoire de poursuivre dans les rêves toute la beauté de vivre.


Xavier LAINÉ


15 septembre 2021

jeudi 13 mai 2021

Lire la Commune 2


 À propos de : Le cri du peuple, de Tardi et Vautrin ; « les damnés de la Commune », de Raphaël Meyssan ; « Communardes », de Lupano Fourquemin, Mazel et Jean ; « Rouges estampes », de Jean-Louis Robert Carole Trésor et Nicola Gobbi


Je disais la difficulté à commémorer la Commune.

Je disais même ma répugnance à cette commémoration et mon attrait pour en faire vivre et revivre les idées maîtresses.

Après de brèves ouvertures entre 1792 et 1793, en 1830, 1848, elle fut le premier évènement notoire d’accès du peuple ouvrier (au sens large) à l’Histoire.

Une intrusion que, bien sur, la bourgeoisie thermidorienne, ayant donné naissance à la dictature napoléonienne, puis au rétablissement de la monarchie, ne pouvait tolérer.






C’est de cette intrusion foisonnante du peuple dans la grande histoire dont les bandes dessinées rendent compte.

Elles nous disent cette irruption soudaine d’un autre monde possible, jetant à bas les esprits de domination sans partage.

Ainsi, dans « Le cri du peuple », de Tardi et Vautrin, on suit pas à pas cette construction fragile, son exubérance heureuse, jusqu’à cette semaine sanglante où quarante mille communards et communardes furent fusillés, tandis que les cadavres de vieillards, de femmes et d’enfants tués sur les barricades pourrissaient dans les rues et dans les fosses communes.

Tout l’art de la bande dessinées trouve ici son expression : nous faire vivre de l’intérieur un évènement que les vainqueurs voulurent et veulent encore rayer des livres d’histoire.






On retrouve cette veine en toute beauté dans les trois volumes signés Raphaël Meyssan, « Les damnés de la Commune », mis en forme, partiellement, de documentaire pour la chaine ARTE (Arte documentaire Les damnés de la Commune). Une oeuvre magistrale, dessinée selon les techniques d’époque de la gravure de presse et d’illustration.






Parti à le recherche de Lavalette, membre du comité central de la Commune, on croise un peuple de Paris fier de sa prise de pouvoir, persuadé de sa raison sans avoir conscience des fragilités naïves qui poussait les responsables à croire impossible que des soldats français, tirent sur leurs compatriotes.






Ils croyaient bien pouvoir triompher. C’est la mort, le sang et la déportation qu’ils trouvèrent au bout de leur chemin.

Et la tentative d’effacer à tout jamais les hauts fait d’un peuple conscient de sa force et de ses idées en rupture avec le monde ancien.






Les femmes n’y furent pas en reste avec en tête l’icône Louise Michel. 

Elle ne fut pas seule. Nombre de femmes s’investirent aux côtés des gardes républicaines et des communards, tant dans la constitution de cette brève république sociale, que dans la défense des barricades contre la folie meurtrière des versaillais.






La commune vit pour la première fois, à quelques exceptions près lors des révolutions de 1789, 1830, 1848, l’irruption des femmes revendiquant leur égalité au sein même des institutions.

On vit aussi pour la première fois leur rôle plein et entier, à l’égal des hommes, reconnu par les institutions de la Commune.

Lupano et ses associés nous invitent sur leurs traces. Encore une facette à laquelle l’art de la bande dessinée nous donne accès avec brio.






Enfin, et de façon sans doute un peu plus anecdotique (mais on ne peut pas douter que la période communarde eut aussi son lot d’anecdotes et de faits divers plus ou moins sordides, on pourra lire « Rouges estampes », de Jean-Louis Robert, Carole Trébor et Nicola Gobbi.

Voilà une entrée en matière façon polar avec une enquête policière menée par un commissaire nommé par le comité central de la Commune qui, en traversant les évènements de ce mois de mai hallucinant, suit la trace d’un noble criminel que la police officielle ne cherchait pas vraiment à confondre.

La commissaire nommé est un artiste graveur et la connaissance de son art lui permettra de résoudre l’énigme à l’instant où les versaillais triomphent dans le sang répandu, mettant un terme à l’enquête.






Ainsi, la bande dessinée se trouve à l’aise pour nous inviter à voyager dans cette intense période de l’histoire. Il faut tout l’art du dessin et du scénario pour nous faire pénétrer dans ce monde éclatant où des écrivains et des artistes se trouvent promus dirigeants, aux côtés des prolétaires, d’une république sociale visionnaire.

On conçoit que les versaillais aujourd’hui au pouvoir puissent mettre autant de hargne à saboter les acquis, ultérieurement conquis, dont les prémisses jalonnaient les décisions de la Commune. 

On conçoit aussi que ceux-là n’aient aucune envie d’en commémorer la mémoire.

Paix à leur âme, nous nous chargerons de cette mémoire et garderons vif le flambeau des idées généreuses.


Xavier Lainé


13 Mai 2021