lundi 17 février 2014

Toni Morrison


Franck creusa un trou d’environ un mètre cinquante et large de quatre vingt dix centimètres. Il lui fallut manœuvrer car les racines du laurier résistaient à cette agression et se défendaient. Le soleil, devenu rouge, était sur le point de se coucher. Les moustiques tremblaient au-dessus de l’eau. Les abeilles étaient rentrées chez elles. Les lucioles attendaient la nuit. Et une légère odeur de grappes de muscat, picorées par les colibris, apaisa le fossoyeur. Quand enfin la chose fut faite, un vent bienvenu se leva. Frère et sœur glissèrent le cercueil aux couleurs pastel dans la tombe verticale. Lorsqu’elle fut recouverte de terre, Franck tira de sa poche le morceau de bois incrusté de sable et deux clous, qu’il enfonça à l’aide d’une grosse pierre pour le fixer à l’arbre. Un clou se recourba et devint inutile, mais l’autre tint suffisamment pour exposer les mots que Franck avait peints sur l’écriteau de bois.

Ici se dresse un homme.

Vœu pieu, peut-être, mais il aurait pu jurer que le laurier se faisait une joie d’acquiescer. Ses feuilles vert olive s’agitèrent en tous sens à la lueur d’un opulent soleil rouge cerise.
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Je suis resté un long moment à contempler cet arbre.
Il avait l’air tellement fort
Tellement beau.
Blessé pile en son milieu
Mais vivant et bien portant.
Cee m’a touché l’épaule
Légèrement.
Franck ?
Oui ?
Viens, mon frère. On rentre à la maison.

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Bibliographie



- Home, éditions 10/18, 2012




dimanche 16 février 2014

Alain Mabanckou


Lorsqu’on milite pour une cause, quelle qu’elle soit, on applique ses idées, ne serait-ce que pour montrer l’exemple.
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L’oiseau qui ne s’est jamais envolé de l’arbre sur lequel il est né comprendra-t-il le chant de son compère migrateur ? Nous avons besoin d’une confrontation, d’un face-à-face des cultures. Peu importe le lieu…
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Trop d’allégresse annonce souvent de prochaines intempéries. A force de jubiler, nous ne voyions pas que nous n’étions devenus nos propres maîtres que sur le papier.
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Un être indépendant est surtout et avant tout un être qui a choisi de se définir lui-même, et, par voie de conséquence, d’assumer cette définition.
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Quand la conscience est hantée par un fait historique, elle a tendance à se réfugier dans le mythe – et, du mythe à la mythomanie, le pas est très vite franchi.
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Le colonialisme est forcément un asservissement. L’Europe aura commis l’un des crimes les plus crapuleux de l’histoire en imposant sa vision du monde aux autres peuples.
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Les soleils des indépendances n’allaient pas tarder à recouvrir le ciel d’Afrique d’un nuage sombre. La prolifération des conflits ethniques, les assassinats politiques, les « coups d’Etat permanents », deviennent autant de spécificités africaines. Le mot démocratie semble banni du vocabulaire de nos dirigeants. La pauvreté attribuée au continent tranche avec l’inventaire des richesses du sous-sol laissées à l’exploitation de ceux-là même qui furent naguère les dominateurs. Et lorsqu’un pays  a la hardiesse de remettre les pendules à l’heure, l’ancienne puissance lui fabrique un opposant de toutes pièces. On lui donne les armes et on l’accompagne dans sa conquête du pouvoir. Pendant que les balles crépitent, les contrats se signent sous les tentes.
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En réalité – et c’est ce que je retiens de ce demi-siècle funeste de notre prétendue autonomie -, nous ne sommes pas les enfants des soleils des indépendances, nous sommes les enfants de l’après-génocide rwandais. Un génocide rendu possible par une colonisation qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours par des moyens détournés. L’Afrique n’a jamais été aussi tributaire de ses anciens maîtres. Pour le grand malheur de ses populations. Mais au-delà de la responsabilité qu’on peut imputer à l’Occident, les Africains sont également présents au banc des accusés…

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Bibliographie




- Le sanglot de l’homme noir, éditions Fayard, Points, 2012


samedi 8 février 2014

Georges Labica


Le droit à l’insurrection, constitutionnellement, donc légalement garanti, c’est le droit de suspendre, sinon la loi, du moins ses organes, le gouvernement et l’ensemble des appareils qui assurent son autorité.
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S’il n’était qu’un message à transmettre de la politique de la philosophie de l’Incorruptible, il s’adresserait aux intellectuels, pour les inviter, contre la « force des choses et les ordres établis, à risquer, à nouveau, le courage de la pensée.

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Bibliographie





- Robespierre, Une politique de la philosophie, éditions La Fabrique, 2013

vendredi 7 février 2014

Edmund Husserl


La connaissance scientifique, comme telle, est une connaissance à partir du fondement
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L’ars inventiva du spécialiste et la critique de la connaissance du philosophe sont des activités scientifiques complémentaires qui, seules, permettent d’obtenir la pleine évidence intellectuelle théorique d’étendant à toutes les relations d’essence.
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Toutes les sciences sont inachevées, même les sciences exactes qui font l’objet de tant d’admiration.
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A chaque instant je me trouve être quelqu’un qui perçoit, se représente, pense, sent, désire, etc. ; et par là je me découvre avoir la plupart du temps un rapport actuel à la réalité qui m’environne constamment.
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La façon exclusive dont la vision globale du Monde qui est celle de l’homme moderne s’est laissé, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, déterminer et aveugler par les sciences positives et par la « prosperity » qu’on leur devait, signifiait que l’on se détournait avec indifférence des questions qui pour une humanité authentique sont les questions décisives. De simples sciences de faits forment une simple humanité de fait.
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La simple science des corps manifestement n’a rien à nous dire, puisqu’elle fait abstraction de tout ce qui est subjectif.
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La vérité scientifique, objective, est exclusivement la constatation de ce que le monde – qu’il s’agisse du monde physique ou du monde spirituel – est en fait.
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Pouvons-nous vivre dans ce monde dont l’événement historique n’est rien d’autre qu’un enchaînement incessant d’élans illusoires et d’amères déceptions ?
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Il n’a pas toujours été vrai que les questions spécifiquement humaines se voient bannies du domaine de la science et que la relation intrinsèque qu’elles entretiennent avec toutes les sciences, y compris celles dans lesquelles ce n’est pas l’homme qui fournit le thème (par exemple les sciences de la nature), ait été placée en dehors de toute considération.
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La philosophie en tant que théorie rend libre non seulement le chercheur, elle rend libre tout être cultivé dont la culture est philosophique.
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Les seuls combats véritables, les seuls qui aient une signification dans notre temps, sont les combats entre une humanité déjà effondrée et une humanité qui tient encore debout, mais qui combat pour conserver cette tenue, et pour en acquérir une nouvelle.
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Nous sommes aujourd’hui conscients de ce que le rationalisme du XVIIIe siècle, sa façon de vouloir assurer la solidité et la tenue requise pour l’humanité européenne, était une naïveté.
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Nous sommes devenus conscients, au moins d’une façon très générale, que le philosopher humain et ses résultats n’ont nullement dans l’ensemble de l’existence humaine la simple signification d’un but culturel privé, ou limité d’une façon ou d’une autre. Nous sommes donc – comment pourrions-nous l’oublier ? – les Fonctionnaires de l’Humanité.

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Bibliographie




- Philosophie contemporaine, Husserl, Wittgenstein, Heidegger, Arendt, éditions France Loisirs, 2002