vendredi 25 octobre 2013

Ausias March



Si uni est le corps avec notre âme
Que l’acte en l’homme ne peut être dit bien simple ;
Aucun n’est envers l’autre humble et simple :
Ils se font opposition, l’un contre l’autre s’arme.
Mais l’opposition est si faible à son heure
Que dans les faits du corps l’âme ne trouve pas grande gêne ;
Et, en contemplation, ainsi l’âme repose,
Puisque, bien réprimé, le corps ne pleure plus.
Cette paix en moi n’est pas très longue,
Car la douleur plus que le plaisir s’allonge.
.
Qui sera celui du monde supérieur
Qui vérité de vous puisse m’apprendre ?
Et qui peut dire où sera la rencontre
Que nous aurons, portant joie ou douleur ?
Les lieux indiqueront le bonheur ou le malheur,
Selon qu’en eux malheur ou bonheur sera contenu,
Et si, nous deux, un seul lieu ne nous a pas possédés,
La séparation sera perpétuelle.
.
Dans le corps de l’homme les humeurs discordent ;
D’une heure à l’autre leur influence s’altère :
En un jour seulement règne mélancolie,
Et tour à tour colère, sang et flegme.
De la même façon les passions de l’âme
S’altèrent en très différentes ou contraires à ce qu’elles étaient,
Car à l’instant où par elle se font les actes
Aussitôt la cause en est dans le corps.
.
Toi, esprit, si mon bienfait vaut pour toi,
Je donnerai mon sang pour tes joies infinies ;
Viens à moi de jour ou de nuits,
Fais-moi savoir s’il faut prier pour toi.

*
Bibliographie



- Chants de mort, éditions José Corti, 1999

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