mardi 28 août 2018

Pour Jacques Izoard, poète liégeois ayant quitté les rives mosanes en l’été 2008.


Mes pieds traînaient, lourds, sur les quais de la Meuse.
J'errais, solitaire, sous la pluie et le vent...
Rien n'arrêtait la foule qui se pressait sur la Batte...
Liège vibrait de cette joyeuse cacophonie où se mêlent les langues du monde...

On m'avait dit que tu tenais le drapeau du poème ouvert.
On m'avait dit qu'au Carlo Levi...

Mes rêves te voyaient comme on voit les poètes d'ici : forts de leur fausse gloire et se donnant des airs...

J'entrais en un café misérable.
Les regards un instant me suivirent.

Une bière ou un café plus loin, je ne sais plus...
Tu es entré, une pile de livre sous le bras, un cartable terriblement lourd au bout de l'autre...
Tu as posé ce fatras sur la table.
Tu es venu vers moi : "C'est toi qui vient de si loin pour me rencontrer ?"

De poème en poème, nous avons défié les brumes...
Un soleil intérieur nous faisait oublier les murs gris frappés par la crise...
Entre les glaces du Carlo Levi, Karl Marx et Engels nous faisaient quelques clins d'yeux...
La lumière des poèmes resplendissait de miroir en miroir...
Le monde n'avait plus d'autre vie que la nôtre, si fragile, posée sur ces rimes inaccessibles...
Parenthèse de verbe posée sur un monde qui se meurt...

L'esprit en alerte et le cœur gros d'amour, j'ai repris mon errance sur ces rives incertaines...
Est-ce la grâce de tes mots ?
Je n'ai jamais été étranger sous la bruine liégeoise, alors qu'ici...

Nos chemins se sont ainsi croisé, ici et là, dans la ville...

La dernière fois que je t'ai aperçu, tu marchais, rue Saint Gilles, les bras toujours chargés de toute ta poésie...

J'ai appris ton départ, toi qui incarnais la poésie, enracinée dans la cité...

Tu n'avais rien à voir avec ceux-là qui se donnent des airs dès qu'ils écrivent trois vers.
Tu vivais de cette humilité: aucune fierté à tirer de ces phrases que nos doigts alignent. Seule demeure la sincérité du propos, et la vibration à l'unisson du monde...

Ce monde ne saura sans doute rien de ton œuvre sensible...
Il se fout éperdument d'un poète qui meurt...
Je jetterai mes mots aux hasards du courant.
La Meuse gardera la trace de ta plume, sur les quais de la Batte, ou dans les ruelles d'Outre-Meuse...
Nous irons boire une bière rue Saint Gilles, en agitant nos doigts sur des pages obscures...
Le poème marche, il ne se distingue en rien de la foule qui vaque, l'âme en berne, sous la pluie glacée...

Manosque, 11 août 2008

Extraits

Entre l'air et la peau
que de pays perdus,
que de souffles épars!
Que contient ce monde:
organes, veines, viscères.
Et la paume et l'herbe,
néanmoins s'aiment.

*

Ne viens chez moi
qu'avec des monceaux de roses
et n'oublie pas que tendresse
est une sœur suave.
Pose la tête sur l'oreiller.  
Qui balbutie sous la lune
est un sourd de sac et de corde.
*

Marche sans savoir
quand ton souffle
deviendra l’opaque
serviteur Silencieux.
A genoux, tu siffleras.
Tu rêveras des cris
que les échos étouffent.

*

Bibliographie


- Pièges d'air, éditions Le Fram, 2000


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