J’ai donc repris mon errance, de places en ruelles.
Places du matin envahies par la jeunesse, venue des collèges et lycées, dans le cadre institutionnel du prix des collégiens et lycéens, rencontrer deux écrivaines.
Un peu plus loin c’était le club des lectrices et lecteurs qui lisaient à voix haute, dans une étrange mise en scène, les textes sélectionnés.
Du monde un peu partout qui écoute, rit, applaudit.
Une culture littéraire, sous-tendue par le vedettariat des livres médiatiquement reconnus, mais qui s’en empare pour en faire un bien commun.
Né sous le signe du glacier, suant à grosses gouttes, après une courte sieste, je reprenais ma déambulation.
Me voici butinant, stationnant un moment Place de l’Hotel de ville pour écouter un très court instant Angélique Villeneuve parler de son ouvrage, puis arrêt place Marcel Pagnol espérant pouvoir me poser à l’écoute de Diaty Diallo et Polina Panassenko. Hélas, la sono rendait le discours peu audible.
Alors, désespérant de saisir les subtilités de l’échange, je revenais place de l’Hotel de ville où Angélique Villeneuve poursuivait la défense de son ouvrage.
Désespérant de trouver une place, je m’installais en terrasse, histoire de prendre quelques notes de ma journée. Mais voilà que le mot poésie est délivré et mon oreille se fait attentive.
Vingt ans que je cherche comment faire preuve de poésie dans la fiction.
En voilà une là, devant mes yeux et mes oreilles, qui a exploré cette dimension de l’écriture.
Alors, bien évidemment, son livre a fini dans ma besace.
Le temps m’était compté (même si le temps, selon Carlo Rovelli, n’existe pas), alors j’allais en vitesse place d’Herbès, retrouver les livres de Karim Kattan, tous publiés aux éditions Elyzad, un éditeur tunisien pour un auteur originaire de Palestine, voilà qui ne pouvait qu’attiser ma curiosité. Je faisais mettre de côté un livre pour une dédicace éventuelle et partait vite chercher une de nos enfants à l’école.
Finalement, je trouvais moyen de revenir à temps pour entendre Karim. Nul besoin de défendre ses ouvrages : son discours sans haine et sans violence décrivant sa situation d’exilé, ayant adopté la nationalité française, mais en butte aux nombreux cas de conscience que pose la situation palestinienne est un argument très fort. Si fort qu’à la fin il fut soumis à une véritable ovation.
Car la question est bien là : qu’est-ce que la situation palestinienne fait à nos libertés occidentales, à notre humanité commune ?
J’osais même lui parler de mon livre qui vient de paraître sur le sujet (À nos libertés conditionnelles, aux éditions Ex Aequo).
Pour une fois, je fus heureux de recevoir une dédicace.
Enfin, je laissais les adorateurs de Sylvain Prudhomme sur la place de l’Hotel de ville et retournais Place Marcel Pagnol écouter Sibylle Grimbert et Thomas Gunzig, tous les deux se projetant dans un avenir logiquement probable d’une humanité rongée jusqu’au trognon par le délire de l’avidité capitaliste.
Thomas citait ses sources, dont Carlo Rovelli, j’y reviens, dont les ouvrages trônent dans ma bibliothèque depuis longtemps. Les deux revenaient sur l’importance du rapport du GIEC comme base scientifique des évènements actuels et à venir (j’y reviendrais à propos de l’ouvrage de Hélène Zimmer, glané l’an dernier au même endroit).
Bien évidemment, je repartais avec l’ouvrage de ce dernier.
Jouer les lecteurs butineurs ne change rien à ma vision capitalistique des évènements et les regrets qu’ils m’imposent. Cependant, je me prenais, l’oreille dressée, le stylo à la main pour prendre des notes , à imaginer que ma ville puisse résonner de la sorte toute l’année.
Xavier Lainé
Manosque, 25 septembre 2026, soir
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