dimanche 27 septembre 2026

Correspondances 2026 - Jour 5



Il fait tôt, il fait relativement frais. Je me prépare pour mon footing, mais voilà que sur la page Facebook du Magazine littéraire, le très adulé Yannick Haennel dans son dernier roman, « La solitude des professeurs est infinie aurait plagié une partie d’un autre roman, soumis et refusé par Gallimard et finalement publié chez Plon (Grand poisson de Fabrice Sanchez) ce qui ne semble pas être son coup d’essai.

Il semble donc bien que le lynchage de Thélyson Orélien relève d’une cabale orchestrée par les médias d’extrême droite à caractère raciste.

Mais au-delà, c’est toute la question de l’écriture et de la création qui est posée. Devrons-nous nous soumettre, dans un climat savamment entretenu de suspicion généralisée, au joug d’un contrôle par des IA incompétentes ?

Serons-nous un de ces jours, interdits d’expression et d’écriture au nom de normes d’une bienséance raciste nous interdisant de dire que le système dans lequel nous vivons est génocidaire et criminel ?


C’est un peu ce qu’il ressort de cette cinquième journée : l’impossibilité désormais évidente de la neutralité devant une société qui voue notre humanité à sa perte… Sauf à faire l’expérience d’autre chose, sans trop savoir quoi, de renouer avec nos capacité d’utopie pour ne pas perdre notre âme.

Pierre Ducrozet et Βénédicte Dupré la Tour expriment à la fois cette sidération devant l’imbécilité du monde, et la soif d’un ailleurs, d’une manière de vivre qui nous engage dans une autre tournure du monde, où il ne s’agit plus seulement de faire de l’argent mais de vivre.

Bénédicte a pour rôle secondaire, mais on peut se demander s’il n’est pas le premier, un poète anarchiste qui, comme elle le dit si bien « est aligné entre ce qu’il pense, ce qu’il dit et ce qu’il vit ».

Ici est peut-être le noeud de notre problème contemporain : happé vers l’extérieur par une omniprésence médiatique qui phagocyte notre temps et nos pensées, il devient impossible de vivre dans cet alignement et donc nous fait perdre la base même de notre humanité, le fait qu’elle ne soit pas un juxtaposition d’individus isolés, mais un commun sans cesse à réinventer et reconstruire sur les ruines des mondes passés. 


La journée et le festival des Correspondances ne pouvaient mieux se terminer qu’avec Antoine Volodine, dont le nom d’artiste évoque quelque chose d’un monde perdu, heureusement ou malheureusement. Nous voici transportés dans le Bardo, cet espace d’après mort où il est encore possible de choisir de se réincarner ou d’y demeurer éternellement.

Volodine est cet artiste patient, qui façonne une oeuvre phare composée de quarante neuf ouvrage, usant de pseudonyme différents pour constituer un courant littéraire fantôme sous le nom de post-exotisme, une plaisanterie balancée un jour pour calmer les ardeurs d’un journaliste cherchant à classer son travail dans un « courant », comme si écrire devait se faire dans le sens du courant, être porté par le flot insipide des écritures en vogue.

Mon voisin d’écoute n’a pas supporté ce bouillonnement qui conduit Volodine à faire de son quarante neuvième ouvrage un flot de onze tomes publiés chez onze éditeurs différents dont le dernier volume se termine ainsi : « Tout ce qui me vient à l’esprit est négatif et, peu désireux d’en faire étalage, j’hésite. J’esquisse un pas de danse puis je m’immobiliserai. Le sable a crissé sous mes pieds nus. La poussière volète, la lumière est étonnamment brillante. Je me tais. »


Le Festival des Correspondances 2026 est clôt, mais il va se poursuivre sur ma table de chevet, dans la lente digestion des dix ouvrages acquis. Le voyage ne fait que commencer qui ouvre les portes de la curiosité et donc de l’écriture. Un seul ouvrage me manque, celui qui soulève tant de haines et que je m’en irai acquérir au plus vite, ne serait-ce que pour faire un pied de nez narquois aux jeteurs de sorts nauséabonds.


Il me reste à remercier en premier lieu des bénévoles qui se sont dévoués à la cause de la littérature, puis les auteurs qui ont su, pas seulement défendre leurs oeuvres, mais ouvrir les portes d’utopies littéraires qui ne pourront s’arrêter là, enfin les professionnels de ce genre d’événement qui en organisent la tenue comme ceux qui le soutiennent financièrement.

Quitte à être dans l’utopie, on pourrait rêver que la ville continue de vibrer au rythme des mots, de la poésie, de la pensée, et de la vie.



Xavier Lainé

Manosque, 27 septembre 2026, soir

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