mercredi 23 septembre 2026

Correspondances 2026 - Jour 1



Faut-il écrire sur cet évènement devenu iconique ?

Faut-il en dire bien ou mal ?

Faire référence à Giono par ici ou par là pour en justifier la présence (mais il semble en méconnaissance de ce qui a précédé sa forme actuelle) ?

Se réjouir, certes, se réjouir de voir la ville s’animer de la sorte autour de la littérature (enfin, non, du livre ; enfin, oui, à travers le livre, la littérature).


Alors nous voilà sur la place de l’Hotel de ville. Les discours se font attendre. Nous ne sommes pas déçus. Enfin, presque, quand, même en évoquant Manosque en 2050, le projet est tellement entendu qu’il ne fait pas forcément rêver : à l’heure de l’essoufflement climatique de la vie citadine, envisager une ville de 40000 habitants, même dans nos rêves les plus fous, on aimerait autre chose.

Passons, il fait beau, trop chaud pour ce solstice d’automne, mais ça semble convenir à beaucoup.

Et puis il vaut mieux ne rien dire des réflexions déplacées en ces lieux et occasions qui visent toujours à stigmatiser les membres de l’opposition surtout quand ils ne peuvent pas répondre.

C’est devenu pratique courante : lentement mais sûrement, l’épuration idéologique, ça n’est pas que dans les romans, ou dans l’histoire.

Enfin, une allusion vient concernant la mauvaise santé du secteur du livre et de la lecture, mais il semble que ce ne soit pas franchement la préoccupation des édiles. Mais ne soyons pas médisants : ils pourraient aussi, au nom de cette médisance, serrer les cordons de la bourse pour cause de mauvais esprit qui se trouve toujours du côté gauche.


On attend Agnès Desarthe et son livre (Qui se ressemble) et elle vient.

Bien sûr on ne manque pas de mentionner son brillant parcours à l’ENS, ça rassure toujours les bien pensants.

Et la voilà qui raconte entre les pages, une histoire qui ne colle pas vraiment avec ce que nous vivons.

Une histoire qui nous dit qu’on peut être à la fois juif et arabophone, qui décrit l’héritage colonial de l’enseignement dans l’Algérie des années 50, une histoire qui dit ce creuset multiculturel qui fonde nos cultures, loin des stigmatisations en vogue.

Comment cette histoire est-elle reçue dans une ville qui vit un climat de ségrégation implicite dont la frontière passe par les degrés de fortune ou d’infortune ?


L’histoire d’Agnès Desarthe, c’est un peu la mienne : dans ce Moyen-Orient qui se nommait le Levant, où peuples, langues, religions et cultures vivaient sans animosité, laissant dans les mémoires familiales ce quelque chose d’enfantin et de paradisiaque, surtout quand nos mémoires d’enfance se saisissent de ce bouillonnement qui rend incompréhensible les conflits et guerres, entretenus au nom d’intérêts arrogants et barbares.


Je suis reparti avec le livre, un parmi tant qui viennent me justifier à écrire encore et encore, même si ce que mon inconscient me dicte quotidiennement est insupportable pour des autorités qui ne tournent qu’autour d’elles-mêmes comme des derviches.



Xavier Lainé

Manosque, 23 septembre 2026, soir