jeudi 15 mars 2012

Claire Paulhan

On rapporte qu’Otto Abetz aurait dit qu’il y avait "trois objectifs non-militaires à contrôler en priorité : le communisme, la haute banque, la NRF."

Pendant ces années noires, les mots ont vraiment été réinvestis de tout leur sens et de tout leur poids. Une sorte de rumeur poétique surgie de nulle part, venue d’un domaine impalpable qui se nomme littérature, a véhiculé un message d’espoir. Une poésie de circonstances, une poésie classique, réhabilitant rimes, quatrains, sonnets, a circulé de bouche à oreille sans le support de l’imprimé.

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Bibliographie

- Feuilles volantes, Le Matricule des Anges n° 124

mercredi 14 mars 2012

Anna Akhmatova

Ni semaines, ni mois – mais les années


Se sont détachées. Et voici enfin


Le froid de l’actuelle liberté,


Et sur les tempes un diadème gris. 


Plus de mensonges ni de trahisons


Et jusqu’à l’aube tu n’entends pas


Comme elle abonde, cette eau des preuves


De mon incomparable bon droit.


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Bibliographie

- Le roseau, éditions Harpo &, 2007

- Volée blanche, éditions Harpo &, 2011

Dominique Sampiero, Celui qui dit les mots avec sa bouche


A la rencontre des contraires, l’écriture nous emporte

A propos de « Celui qui dit les mots avec sa bouche », de Dominique Sampiero, éditions L’Arbalète/Gallimard

De qui je parle, et quelle est la langue que je prononce, quand, de ma bouche ouverte, je dis, ou je lis ? De qui je parle, assis à ma table, penché sur la feuille blanche ? En quelles rencontres se loge le parcours intérieur de l’écrivain : rencontre avec l’autre, avec lui-même, à travers l’autre avec lui-même, à travers lui-même avec l’autre ? En quelles alchimies mystérieuses se niche le besoin impérieux d’acheter le papier, d’alimenter d’encre le stylo et d’écrire en mots plus ou moins vains. Est-ce de l’écrivain qu’il s’agit ou de l’écrit vain ? Les mots se bousculent, une vomissure noircit à jamais la page, une lave incandescente monte de la profondeur pour souiller la page de mots alignés dans leur mystère étincelant. L’écriture, comme plongée à l’orée du désir, « irradiation d’une présence au monde ». Ecriture, émonctoire de l’âme en partance vers des rives insoupçonnées et soumises au regard inquisiteur du lecteur. Regard inquisiteur parfois, ou bien veillant aussi, ou critique, souvent. Dans sa mise en abîme, il côtoie le vertige de celui qui écrit, de celui qui dit les mots avec sa plume. Le miroir se tend quand il dit les mots avec sa bouche et qu’il devient l’acteur, celui qui transcende l’écrit en sonorités éclatantes ou intimes. Rupture, rupture qui va du silence de celui qui écrit à la voix de celui qui dit. Rupture jusqu’au vertige qui de page en page conduit au voyage intime. Voyage intime au bord du désir, écoulement de la sève vitale au gré de pages dont il ne faut rien chercher de rationnel. Car l’amour, le désir, et l’écriture sont avant tout rencontre charnelle entre l’être et lui-même. De cette rencontre charnelle naît l’amour vertigineux qui effleure la vie et la laisse vacillante, au carrefour de la lecture. 

« La poésie chuchote le lieu. Mais l’arbre aussi. L’insecte. Le caillou. Le nuage. L’eau. Le feu. L’abeille et le pollen. Tous chuchotent les uns dans les autres et continuent de pleurer, de se croire seuls, séparés, abandonnés, jusqu’au moment où le lieu à nouveau les traverse, puis se traverse lui-même. Genèse et apocalypse se sourient. Dehors les chiens, les sorciers, les impurs, les assassins, les idolâtres et celui qui s’est plu, un jour, à créer le Ciel et la Terre ! Dehors celui qui dedans se tait puis tout à coup s’exclame et parle à notre place par notre bouche. Dehors celui qui se trompe pour aimer l’homme dans son erreur et toute présence dans son envers. Dehors enfin tout le dedans et sa Toute Splendeur de vacuité. » 

En la vacuité, l’écriture est au carrefour des contraires, quelque chose qui se noue en l’âme de l’écrivain, son écrit lui survit dans les songes du lecteur. Etrange alchimie des mots en vérité qui vous transportent, qui, à la lecture, vous semblent des ports inabordables, et deviennent tout à coup, quand la plume s’agite à son tour sur la page, des havres où puiser l’essence de notre humanité. On se laisse alors bercer par ce rêve qui nous traverse des origines à nous-mêmes, chaque page tournée s’inscrit en lettres de feu dans nos aridités désertiques. Chaque livre devient de la sorte le livre à lire pour notre survie. 

Xavier Lainé

Liège, 23 février 2004

Note de lecture précédemment publiée ici :

mardi 13 mars 2012

Thierry Guichard

Pourrait-on vivre un moment historique sans le savoir ? Les manifestations madrilènes ou athéniennes qui donnent au mouvement d’une jeunesse européenne déprimée des airs de révolution arabe émargent à peine au déroulé des journaux télévisés, plus préoccupés de chercher des traces de sperme dans les chambres d’hôtel américain.

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Filmer sur ce qui pourrait éventuellement, peut-être et si pas de chance, arriver permet au moins de ne rien dire de ce qui arrive plus dramatiquement : l’irradiation nucléaire au Japon et ses conséquences terribles.

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La couverture du festival de Cannes aura donné le La de ce qu’il convient à la culture de faire si elle souhaite avoir encore une place, même minime, dans notre quotidien. Mettre des paillettes et du décolleté profond, parler pour ne rien dire, mais en souriant (l’absence de sourire sur le visage de Sean Penn suffit à faire le sujet d’un reportage…).

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A ce compte-là, la littérature n’est pas bonne fille. Les décolletés, ce n’est pas son truc. Les sourires dents blanches, pas dans ses compétences. D’où une quasi-absence médiatique, masquée (comme le nuage volcanique masque la catastrophe nucléaire) par la pantomime de quelques bonimenteurs dont les livres sont à la littérature ce que les propos de Jean-François Kahn sur le « troussage de domestique » sont à l’élégance. Reste que les jeunes en Espagne, en Grèce et en France manifestent. Reste que les livres s’écrivent qui disent bien plus que ce que les bruits médiatiques font entendre. A nous de les écouter, et d’être là pour ne pas échapper à l’Histoire qui vient.

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Bibliographie

- Le Matricule des Anges n°124, éditorial

lundi 12 mars 2012

Dominique Sampiero

Ce que j’écris tourne des  nuits entières dans ma bouche avant de se poser sur la page, oiseau charnel se débattant pour échapper à l’emprise, remuant en douceur dans la neige du corps qui l’attire.

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Si mon désir est devant moi, les mots tombent juste, à leur place, et même plus loin, ils s’alignent sans que j’aie besoin de m’inquiéter de leur justesse.

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Dans l’effondrement de tes gestes, s’ouvre un lit d’eau et d’argile, clairière unie au fleuve, au corps profond.

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Bibliographie

- Celui qui dit les mots avec la bouche, éditions L’arbalète/ Gallimard, 2002

- L’espace du poème, entretiens avec Bernard Noël, éditions P.O.L, 1998

dimanche 11 mars 2012

Pierre Debauche

Les expériences, ça consiste à aller là où on ne vous attend pas pour faire quelque chose qui n’aurait pas dû avoir lieu. A partir de là, plein de choses se passent…

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Bibliographie

- Cassandre/Horschamp n°87, automne 2011

samedi 10 mars 2012

Philippe Kourilsky

On admet souvent que l’altruisme implique à la fois des motivations particulières, dont l’amour et les sentiments peuvent faire partie, et une efficacité dans l’action qui en résulte. L’empathie et la sympathie, comme la bienveillance et la bienfaisance, s’en distinguent, parce qu’elles signifient une préoccupation pour le bien d’autrui sans trop se soucier de l’action qui concrétise l’intention, ou bien parce qu’elles visent le résultat sans que la motivation soit de nature altruiste : un acte de bienfaisance peut se fonder sur une attitude égoïste.

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Nous ne pouvons purement et simplement nous décharger sur la collectivité de notre part de responsabilité individuelle. Nous ne pouvons vouloir une société plus équitable sans assumer les conséquences de cette aspiration et sans nous astreindre à devenir plus justes nous-mêmes.

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Bibliographie

- Le manifeste de l’altruisme, éditions Odile Jacob, 2011